samedi 24 août 2019
Intégration africaine : après les marchés, les Bourses se mettent en branle

Intégration africaine : après les marchés, les Bourses se mettent en branle

Sous l'impulsion de l'African Securities Exchanges Association (ASEA), six Bourses africaines devraient se regrouper au sein de l'African Exchanges Linkage Project (AELP), entamant une intégration des marchés financiers sur le continent.
PAR MARLÈNE PANARA
Publié le  - Modifié le  | Le Point Afrique
 

L’African Exchanges Linkage Project (AELP) devrait apporter un nouveau souffle, financier, à la dynamique d'intégration du continent. 

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Cheval de bataille de l'Union africaine et de nombreuses organisations de coopération à travers les différentes zones de libre-échange et les unions économiques et monétaires en place ici et là, la question de l'intégration africaine est plus que jamais au cœur de la réflexion des acteurs de toutes sortes, que ce soit dans sa dimension économique, politique et même financière. Le 4e Meeting de l'information financière qui vient de se tenir à Casablanca en est une belle illustration à travers notamment les déclarations de Karim Hajji, directeur de la Bourse des valeurs de Casablanca (BVC). À la tribune de cette manifestation organisée conjointement par la BVC, Maroclear et Finances News Hebdo qui ont convié des opérateurs économiques, des experts et des représentants d'organismes publics à débattre du thème « Intégration économique et convergence des marchés financiers en Afrique », celui-ci a appelé à travailler à l'intégration des marchés financiers au travers d'une coopération plus étroite entre les Bourses africaines. L'idée est d'autant plus intéressante qu'elle va dans le sens de l'intégration Sud-Sud, si chère au roi Mohammed VI, et que le chantier demeure de taille. « L'Afrique est le continent le moins intégré économiquement au monde, avec un taux d'intégration ne dépassant pas les 4 % », a d'ailleurs indiqué Karim Hajji, qui n'a pas manqué de mettre en exergue une approche comparative montrant que l'Europe en est à 40 %, l'Amérique latine à 30 %, l'Asie à 25 %. De quoi conduire Nezha Hayat, présidente de l'Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC), à dire dans son discours d'ouverture que « le chemin est encore long ». 

 

Un levier de développement

Pour permettre à l'Afrique de rattraper son retard, l'African Securities Exchanges Association (ASEA) a décidé de mettre en place, sur proposition marocaine, l'African Exchanges Linkage Project (AELP) dont l'objectif est d'intégrer les Bourses et les marchés financiers du continent. Celui-ci devrait concerner, au départ, six places boursières du continent, à savoir la Bourse des valeurs de Casablanca (BVC), le Johannesburg Stock Exchange (JSE), le Stock Exchange Mauritius (SEM), la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM) d'Abidjan, commune à huit pays d'Afrique de l'Ouest. Dans un second temps, l'AELP devrait intégrer l'Egyptian Exchange (EGX) et la Bourse de Tunis (BVMT), en attendant d'autres Bourses africaines séduites par cette dynamique d'intégration dont le but est de créer un levier de développement économique au profit de l'Afrique.

C'est « une bonne évolution », indique Laureen Kouassi-Olsson, directrice des investissements d'Amethis Finance, structure basée à Abidjan. « Le problème de la BRVM par exemple, c'est qu'elle ne possède pas assez de liquidités, une caractéristique assez commune aux Bourses africaines », indique-t-elle, avant de poursuivre : « Une fois qu'un titre est introduit en Bourse, les échanges restent en général assez faibles. Donc, les rapprocher, comme le souhaite Karim Hajji, permettra d'offrir à un investisseur un volume de titres plus important, étant donné qu'il aura accès aux titres nigérians, par exemple, plus nombreux. » En somme, ce processus stimulera, par extension, la compétitivité des Bourses du continent, le volume des investissements et le nombre d'investisseurs. 

Une harmonisation complexe

Mais sa mise en œuvre sera opérée « d'ici quelques mois » – d'après des propos de Badr Benyoussef, directeur de développement de la BVC, relayés par le magazine Tel Quel – elle sera cependant soumise à plusieurs contraintes. Et en premier lieu, celle de la disparité des aires financières. « Toutes ces Bourses ne font pas partie du même espace économique africain. Dans ce domaine, la monnaie a logiquement beaucoup d'importance, et les valorisations au Nigeria ou au Ghana peuvent pâtir de la stabilité du franc CFA, par exemple, prévient Laureen Kouassi-Olsson. Comment vont se faire les ajustements ? Il faudra vraiment être vigilants sur les phénomènes de survalorisation ou de sous-valorisation, et engager une réflexion sur leur harmonisation. »

Second obstacle qui pourrait compliquer la mise en application de l'AELP, celui du cadre réglementaire. Car si « les régulateurs ont pour principe intangible la protection des investisseurs en Bourse, elles peuvent cependant différer selon les pays, précise l'experte. En Afrique francophone, les règles sont beaucoup moins flexibles qu'au Nigeria, par exemple. »

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